Humeur·Tuto-Créa

Reminiscence

 » – Elle a bien aimé mon tour aussi, dit Barbara, très satisfaite d’elle même. Quand j’ai ôté mes deux chaussons, elle a dit que j’étais à croquer. c’est drôle ! Moi, quand je dis que j’aimerais manger quelque chose, je le pense. Des gâteaux, des bonbons, des poignées de porte, des choses comme cela. Mais les grandes personnes ne pensent jamais ce qu’elles disent. Elle ne voulait pas me croquer réellement, n’est-ce pas ?

– Mais non. C’est simplement cette façon stupide qu’ils ont de parler, dit John. Je crois que je ne comprendrai jamais les grandes personnes. Elles sont toutes idiotes. Et même Jane et Michaël sont idiots quelquefois.

– Oui, dit Barbara, occupée à enlever ses chaussons et à les remettre d’un air méditatif.

– Par exemple, dit John, ils ne comprennent pas un mot de ce que nous disons ou de ce que disent les choses. Lundi dernier, j’ai entendu Jane déclarer qu’elle aimerait savoir quelle langue parle le vent !

– Je sais, dit Barbara. C’est stupéfiant. Et Michaël prétend toujours que l’étourneau fait « cui-ui-ui ! » n’est-ce pas ? On croirait qu’il ne sait pas que l’étourneau parle exactement la même langue que nous. Pour papa et maman, cela ne m’étonne pas : ils sont très gentils, mais ils ne comprennent rien à rien. Tandis que Jane et Michaël…

– Il fut un temps où ils comprenaient, dit Mary Poppins en pliant une des chemises de nuit de Jane.

– Comment ? s’écrièrent John et Barbara d’une seule voix. Vraiment ? Vous voulez dire qu’ils comprenaient l’étourneau, le vent …

– Les arbres, les étoiles, le rayon de soleil, bien sûr dit Mary Poppins. Il y a longtemps.

– Mais… comment ont-ils fait pour oublier tout cela ? demanda John, le front ridé de perplexité.

– Tiens, tiens ! dit l’étourneau d’un air sagace. Tu aimerais savoir ça, toi ?

– Parce qu’ils ont grandi, expliqua Mary Poppins. Barbara, remettez tout de suite vos chaussons, je vous prie.

– C’est une mauvaise raison, dit John d’un air sévère.

– Mais c’est la vraie, répondit Mary Poppins en attachant solidement les chaussons de Barbara autour de ses chevilles.

– Alors, c’est la faute de Jane et Michaël, reprit John. Je sais bien que moi, quand je grandirai, je n’oublierai rien.

-Ni moi, dit Barbara, en se mettant à sucer son pouce.

– Si. Vous oublierez, dit Mary Poppins avec fermeté.

– Les jumeaux sursautèrent d’indignation.

– Regardez- les ! dit l’étourneau, méprisant. Ils se prennent pour la huitième et la neuvième merveille du monde! Bien sûr qu’ils oublieront. Comme Jane et Michaël. Pareil.

– Nous n’oublierons pas ! répliquèrent les jumeaux en regardant l’étourneau comme s’ils eussent aimé lui tordre le cou.

L’étourneau ne parut pas impressionné et continua sur le même ton sarcastique :

– Mais si, vous oublierez !

Et, d’un air indulgent, il ajouta :

– Ce n’est pas votre faute, je sais bien. Vous oublierez parce que vous ne pouvez pas faire autrement. Aucun être humain n’a jamais été capable de se souvenir. Quand ils ont un an, ils oublient tout. Sauf bien entendu, Elle !

De la tête, il indiquait Mary Poppins. »

Extrait de l’oeuvre de Pamela L. TRAVERS, Mary Poppins.

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