Interview·société

Les menues questions que vous n’avez jamais osé poser à votre pédiatre !

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Notre interlocuteur est le docteur Jacques Rey. Pédiatre homéopathe (diplômé de la faculté de Marseille), il accueille la parole du petit patient ou de ses parents dans une écoute empathique, les aidant à dire et à cheminer tout au long de la consultation.

Il  participe à de nombreuses conférences autour des thèmes de l’enfant et de la famille

Membre de sociétés savantes  et d’écoles d’homéopathie.

Membre de l’Institut de thérapie constructive

Thérapeute Systémicien

Il est à l’origine de la création d’une association culturelle (CREATIVITE CREATION dans les années 90-97), proposant aux enfants Varois de multiples ateliers créatifs et récréatifs.

Enseignant à la  faculté de Médecine et Pharmacie de Marseille dans le cadre du diplôme universitaire de pharmacie et de médecine en homéopathie.

Conférencier invité dans plusieurs pays.

Membre d’ONG de médecins homéopathes, il effectue des missions à l’étranger.

Il a collaboré avec l’université de l’UQUAM  de Montréal  Département d’Orthopédagogie.

La liste de ses travaux est non exhaustive,  il a eu la gentillesse de répondre à nos questions à l’occasion d’un rendez-vous dans son cabinet, nous l’en remercions.

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Loufox In Love : – « A-t-on nécessairement le coup de foudre quand bébé arrive ? Le cas échéant comment gérer cela, est-ce courant ou suis-je monstrueux (se) ? »

Doc : J’avais fait un travail  et une conférence sur « faire la mère et être mère ». Formé en  obstétrique et pédiatrie ma spécialité première est la périnatalogie et dans ce travail  ce qui m’intéressait était de savoir à quel moment une mère sentait qu’elle était mère, alors la plupart des réponses furent: « c’est quand on a posé mon bébé sur le ventre »,  d’autres mères ont dit « moi avec la péridurale ou la césarienne, je n’ai rien senti » – « j’ai mis des mois à ressentir ce sentiment de mère ». Elles ont fait la mère, mais regrettaient de ne pas avoir à ce moment-là, cette sensation d’être mère, qui est un sentiment personnel, particulier lorsqu’on l’explicite. Les péridurales peuvent atténuer ce ressenti et modifier les interactions précoces. La montée de lait est souvent plus rapide si il n’y a pas eu de péridurale, des travaux ont été faits à ce sujet, et dans ma recherche clinique j’ai fait des audits de mères, il est certain que la douleur a une fonction au moment de l’accouchement. Elle déclenche des réactions chimiques, métaboliques, une expérience qui fait empreinte et qui concernent la mère et l’enfant. Quand on  fait une anesthésie pour des raisons de confort ou de nécessité, le vécu physiologique et psychologique  est différent.  La  préparation à l’accouchement sans douleur nécessite une prise en charge  humaine de la future mère, qui lui permette d’exprimer ses compétences non révélées ou peu. Ce qui n’empêche pas de donner des informations précises au moment opportun et avec tact sur la  médicalisation et les techniques utilisées. Il est évident qu’elles arrivent assez souvent un peu perdues pour différentes raisons.

Il y a deux types de douleur : psychologique et physique, vous pouvez atténuer la douleur psychologique avec de la sophrologie, l’hypnose, des remèdes homéopathiques et autres médecines (acupuncture…). Il y a des mères, qui prennent « « chamomilla » ou « arnica », ou un autre remède adapté et elles accouchent sans douleur gênante, la douleur psychique ainsi atténuée, elles ont pu gérer la douleur physique. Donc on peut intervenir pendant la grossesse et l’accouchement ce  qui permettra aux mères d’être plus  disponibles pour accueillir leur enfant. La sécrétion d’ocytocine participe à la création de ce sentiment maternel, et l’‘allaitement  le favorise. La présence du père est nécessaire au vécu et à la plénitude du ressenti et à son partage.

Je suis thérapeute systématicien, il est évident qu’un enfant qui arrive dans la constellation familiale, ce n’est pas un extraterrestre, il s’inscrit dans une histoire familiale, et  dans l’histoire d’un couple. II y a des mères qui n’expriment pas leur ressenti ou qui sont indisponibles pour des raisons multiples et personnelles. Cela peut se déceler avant la naissance, et normalement c’est un accompagnement qui devrait être fait par les professionnels de la maternité et autres, on note qu’il y a peu de formation de pédiatre de maternité. Il y a des mères qui ont une inhibition de leur ressenti, c’est un travail qui doit être fait sur le corps, il y a beaucoup de femmes qui ont une méconnaissance de leur corps.

La mère est une matrice, et si elle a  cette conscience, sa relation à l’enfant intra-utérin (par le biais de l’haptonomie ou du chant prénatal par exemple), va développer le sentiment d’amour, du lien (comme pour le père), et l’enfant n’aura  pas le même vécu. Il y a une révélation à permettre l’écoute de son corps, il est bien entendu que tout dépend de son antériorité, de son histoire familiale. Chaque cas est particulier, il y a des êtres  que l’on peut accompagner très favorablement par une écoute, une thérapie. Aujourd’hui avec la diminution du personnel soignant et le fantasme de l’efficacité  technique et des médications protocolaires, on n’écoute plus les mères de la même manière. En dehors des problèmes obstétricaux, le plus important pendant la grossesse, c’est de prendre en compte le degré d’anxiété de la mère, d’où l’intérêt  de l’accompagner. Cependant les professionnels ne sont plus autant formés à cette priorité. L’organisation sanitaire  désinvesti trop souvent la prise en charge humaine, au profit d’une certaine vision de l’hôtellerie » hospitalière, d’une politique comptable et aux seuls profits médicamenteux.

Il y a des éléments affectifs et émotionnels qui entrent en ligne de compte (maman qui se retrouve seule, chocs..). Les mères qui font des césariennes ont un temps de récupération qui est beaucoup plus long que les autres. La dépression du post post-partum  notamment chez les mères césarisées sont plus nombreuses que les autres. L’enfant a une capacité de résistance ou de résilience potentielle quand il naît,  le fait de retrouver sa mère immédiatement après la césarienne, c’est une autre  situation existentielle que d’attendre dans une couveuse. Il y a beaucoup d’éléments qui vont jouer favorablement ou non, pour que le lien mère-enfant se fasse bien, et après il est évident que dans « ce jeu-là », l’histoire de la maman est déterminante. Beaucoup de mères se sentent coupables lors d’incidents ou accidents survenus dans cette période.

Il est impératif de les accompagner efficacement par un personnel compétent pour les restaurer dans une confiance d’elles-mêmes, et leur restituer une image positive de ce qu’elles peuvent apporter à leur enfant , et que ce coup d’amour soit lumineux comme la clarté de la foudre.

LIL : Il y a aussi peut être l’environnement qui peut être rassurant avec des gens compréhensifs et à l’écoute, cela doit jouer aussi beaucoup ?

DOC : Tout à fait car il peut y avoir de grosses frustrations, où des sentiments de blessures : ex, une mère à qui on annonce qu’elle va avoir une césarienne et qui n’est pas prête, ni correctement accompagnée. Certaines gardent une colère au fond d’elles, et cela va les perturber psychologiquement, avec la persistance  d’émotions troublantes. Il faut qu’elles se débarrassent de cela pour être complètement disponibles et soulager l’enfant.

LIL: Le baby blues arrive à quel moment ?

DOC : C’est après la naissance, oui, mais dans le baby blues, on peut distinguer des problèmes métaboliques, thyroïdiens, physiologiques et autres. Il se prend très bien en charge s’il n’est pas négligé. Parfois pas reconnu, il peut pousser les mères à reprendre le travail trop tôt. La politique de l’enfance a disparue en France avec un congé maternité d’une durée trop courte : cela va à l’encontre du développement et du bien-être de l’enfant et de ses parents, les conséquences peuvent être gravissimes.  Les arrêts maladie dans ces cas là s’avèrent nécessaires avec une prise en charge adaptée. C’est honteux d’avoir des congés maternité si courts, injuste et cela témoigne d’une méconnaissance totale de la périnatalité.

LIL : Et le déni de grossesse ?

Doc : Qu’est ce qui se passe pour qu’une future mère se trouve dans cette situation. Dans le cas d’une maman qui ne veut pas la révéler mais qui vit pleinement sa maternité il n’y a pas de souci : la prise en charge est favorable selon le contexte. Pour celles qui refusent ou ne peuvent en prendre conscience, cela pose un problème d’autant plus sérieux que la vie de l’enfant peut être en péril, et la santé de la mère en jeu.

LIL : C’est pour cela qu’il y a des drames ?

DOC : Il faut prendre chaque histoire dans son contexte, son élément clinique personnel. Prenons le cas d’une mère infanticide, il faut aussi comprendre qui elle tue symboliquement. Il ne faut pas prendre cette situation collectivement, chacune de ces  histoires tragiques est particulière, il faut pouvoir accompagner la mère si on a pu repérer le risque et essayer de comprendre la souffrance cachée derrière. Il ne faut pas jeter l’anathème à ces femmes là, mais il faut faire avancer la législation car si des parents peuvent demander une IVG ou une IMG (interruption médicale de grossesse),  on ne peut pas intervenir pour protéger un enfant en danger in utéro. Il ne devient un sujet, objet de protection, qu’à la naissance. Les débats ont lieu dans les comités de bioéthique mais tardent à aboutir pour la dignité et le respect de l’enfant. J’ai connu au cours de ma carrière plusieurs situations, (où malgré l’intervention auprès de la  PMI locale et  celle de mes confrères), qui n’ont pu aboutir à une prise en charge adapté de la parturiente.

Petit à petit  on a vu diminuer cette capacité d’accueil, cette humanité due aux patientes. Non pas par incompétence ou non vouloir du personnel, mais par diminution du personnel soignant et par la surcharge en tâches administratives. Par ailleurs les objectifs de formation des professionnels de santé ont changés. Le sujet disparaît, c’est trop souvent un cas clinique, le comportement des individus n’est pas dû à la personne (personnalité), mais est un mode de réaction, d’expression qui sert trop souvent à faire rentrer les individus dans des cases-fiches. Ces dernières serviront plus aux fichages et contrôle des gens qu’à la prise en charge d’un être vivant dans sa globalité. Les examens paracliniques nécessaires, sont trop souvent plus valorisés et rémunérés que le dialogue. On rémunère des actes, on ne rémunère pas l’écoute. On s’est trompé de paradigme. Les progrès des techniques médicales devraient favoriser le dialogue patients-professionnels de la santé. La maternité est un lieu premier de l’humanisation, reflétant le niveau d’évolution humaniste de la société.

En matière de politique de l’enfance la France est au 28° rang sur 35 pays de l’OCDE, c’est choquant, l’argent est utilisé à d’autres fins. La préoccupation des décideurs et financiers n’est pas dans l’accueil et l’accompagnement des nouvelles générations pour le meilleur possible. Ceci est l’observation faite par les professionnels de l’enfance et les organismes internationaux. Les conséquences du fonctionnement et des choix imposés à notre société, ont des conséquences infanticides. Pourrait-on poser cette question à « Marianne» : la France fait-elle un déni de grossesse ?

 LIL : –  » Qu’est-ce qu’un bon parent ? J’imagine que l’on a tous notre façon très personnelle d’être un bon parent, mais quelles sont les notions essentielles à appliquer ? »

DOC : Réponse délicate mais si l’on prend les critères de la bonne parentalité, c’est le respect, la disponibilité pour couvrir les besoins de l’enfant, l’écoute dans la bienveillance en est la clé : l’amour se fonde sur le respect.  Lire le livre de Janus Korsack : « Le droit de l’enfant au respect » et  les ouvrages de D. Winnicott  sur la parentalité et d’autres auteurs. Que l’on donne aux parents un temps nécessaire à vivre dignement et pleinement leur parentalité avec des congés dignes de ce nom, et que le monde du travail reconnaisse l’arrivée d’un enfant dans notre société comme une chance, un cadeau…

Ex : l’enfant pleure, on le prend dans ses bras pour le sécuriser. Il arrête de pleurer, il se calme, il est sécurisé. Ne pas se mettre d’à priori mais faire ce que l’on ressent comme bon pour lui, être soi dans son intime conviction d’ amour. Un parent c’est quelqu’un qui a du respect, qui est disponible. Savoir mettre ses besoins de côté pour être à l’écoute de son petit, avoir la parole contenante et aimante, constructive mais pas hostile :

ex : si je dis de mon enfant qu’il est feignant, parce qu’’il ne tète pas assez vite, ce n’est pas  une parole bienveillante, c’est un jugement. L’enfant va se construire sur ces paroles : les gens ne sont pas de mauvais parents, ils ressortent les paroles sur lesquelles ils se sont construits et les renvoient. Être bons parents, c’est prendre conscience de cela, c’est se débarrasser de ce genre de propos, de ses « valises, d’un faux soi. Il faut retrouver la bonté fondamentale qui nous fonde, parce que l’enfant est porteur de cette bonté fondamentale, c’est pour cela qu’il est dans l’empathie permanente quand il va bien.  C’est ce qui nous fonde, nous sommes issus de cela, après les événements de la vie font que cela peut changer ou disparaît momentanément. Nous les adultes, il nous faut retrouver cette bonté fondamentale pour la vivre. Il faut revenir à nos fondements qui nous humanisent : tâchons d’être un couple à l’écoute, disponible dans une cohérence éducative. Pratiquons une communication consciente emphatique.

Lui donner ce qu’il faut au bon moment, quand il en a besoin. Savoir mettre de côté ses besoins pour être disponible pour les siens. On est inscrit dans les paroles que l’on nous a donné,  on a pour devoir de se débarrasser de ses valises qui ne sont pas justes, et qui sont douloureuses. Sachez que des personnes ressources sont à dispositions, pour accompagner des situations où l’on est mal à l’aise voire en grandes difficultés.

Il faut être un couple qui a envie, qui accueille, qui s’entraide, où chacun prend sa part de parentalité et de responsabilité. Il faut que l’un et l’autre trouve sa place et laisse de la place à l’autre. On peut accompagner les parents, cela s’appelle : »l’accompagnement à la parentalité ».

LIL : –  » Est-ce normal d’en avoir ras le bol parfois et d’avoir envie de fuir ? »

DOC : Bien sûr on peut être saturé, on peut avoir des périodes de ras le bol, des périodes où il y a trop, et les parents n’y arrivent plus. On peut avoir des ressentis difficiles ; la parole est toujours là, on peut dire à son enfant :  » écoute en ce moment je n’en peux plus, j’en ai marre… », et compléter par une embrassade, par une parole rassurante :  » tu n’es pas en cause toi tu vas bien, c’est moi qui ai besoin d’aller marcher, je reviens, ton papa va s’occuper de toi pendant ce temps ».

Si on le dit à l’enfant et que l’on ne le rend pas responsable de ça, et bien ça ira ! On a le droit d’être saturé : il y a des femmes qui arrivent à surmonter cela : « bravo »! Il faut connaître ses limites, quand on les a atteintes, il faut le dire ! On peut solliciter le père en premier ou une grand-mère, un frère, une amie  ou quelqu’un de confiance et puis on va prendre l’air. En fait, il s’agit pour toute superwoman d’accepter ses limites.

Les détails d’une situation  ne regardent pas toujours les enfants cela nous regardent nous adultes. Mettre des mots  sur nos émotions, attitudes ce n’est pas faire une dissertation. L’enfant est branché direct, il ressent tout. Heureusement que nous sommes des êtres sensibles, ce n’est pas toujours faciles mais il y a des possibilités, des solutions. Ne pas y rester, ne pas attendre dans le « cela s’arrangera avec le temps! »

LIL : –  » Peux-t-on et doit-on montrer nos limites à nos enfants ? Par exemple peux-t-on leur faire part de nos peurs, de nos chagrins ? Peux-t-on pleurer devant eux ? »

DOC : On l’a dit, Il faut mettre des mots dessus, ex : quand vous avez un parent qui meurt, vous avez un chagrin vous dîtes : »j’ai de la tristesse, je vais te parler de ma grand-mère, on faisait ceci, cela, elle est partie et je suis triste, ce n’est pas toi qui est en cause »

J’ai des émotions, il faut les vivre. Si on ne dit rien, un enfant peut se sentir inclus alors qu’il n’en est pas responsable.

Les rituels de deuil sont importants, les deuils ont toujours été une épreuve vécue en famille (avec tout ce que cela peut révéler !), avant les gens mouraient à la maison. Les rituels de deuil sont faits pour ça. Il faut le dire à l’enfant en fonction de son âge. Si l’enfant ne se sent pas d’y aller, il ne faut pas l’obliger à aller à l’enterrement, s’il est d ‘accord on lui explique la journée qui s’est déroulée. Il ne faut pas qu’il y ait de non-dits, on reste à sa disposition pour des questions. Le passage ultime n’est pas obligatoirement une affaire sinistre, il y a plusieurs niveaux possibles de vécus.

Face à la maladie : on peut faire un travail d’anticipation, en disant à l’enfant que la personne est très malade. On ne sait pas toujours pas comment ça peut se terminer. Et on ne peut pas nier que la mort est une réalité. On peut lui dire : « tu te sentirais d’y aller ? Quel jour ?  » Il faut l’accompagner pour qu’il se sente à l’aise : ex,  » tu peux écrire un petit mot ». Qu’il ait sa manière à lui d’être présent. On a plein d’outils pour communiquer avec la personne concernée : mail, texto, dessins, lettres sans pour autant que l’enfant y soit confronté physiquement.

LIL  –  » Doit-on discuter de tout avec eux ? Quels sont les domaines où ils ne doivent pas avoir leur mot à dire ? »

DOC : C’est récent dans l’histoire  de la société Française cette autonomisation rapide des enfants. Auparavant la famille habitait dans la même pièce, dans la maison des parents où se trouvât le lieu de travail aussi. L’enfant était inclus dans la vie intime et dans la vie professionnelle de tous les jours. C’est plus tard, quand les métiers ont changé qu’il y a eu séparation : les enfants sont allés à l’école, et il y a eu séparation entre la vie des adultes et la vie des enfants. Vous avez des familles (artistes, intellectuels…) où les enfants sont dedans. On peut parler du métier que l’on exerce avec ses enfants : un partage des événements de la journée. Après il y a les histoires d’adultes. Quelle est la limite de leur présence : c’est à nous de le déterminer ce que l’on considère comme nous appartenant, c’est à dire : « nous le couple »

Par exemple, si on a envie de parler ou vivre de choses qui nous concernent, on peut leur dire gentiment mais avec conviction : « ce soir on passe une soirée entre nous deux, et vous vous allez faire ceci ou cela. » Vous avez le droit de discuter de choses qui vous concernent et qui ne concernent pas les enfants. C’est votre histoire personnelle d’adulte, votre histoire de couple et ça, il faut expliquer à vos enfants que c’est votre part d’intimité : comme les sorties d’amoureux que vous faites pour que le couple d’amour qui a fondé l’enfant se vive toujours. Cela ne rentre pas dans les non-dits traumatiques. Par contre si l’on parle des enfants pour des questions qui les concernent directement en dehors de leur présence, et si on n’en fait pas le retour, ça peut être ennuyeux. Si il y a des choses qui se passent avec nos enfants qui ne vont pas, on en discute d‘abord entre soi, puis on prend une décision et après on leur dit  ensemble: « il s’est passé tel événement, nous avons ça à vous dire… ». Il faut  leur donner la parole  en instaurant des moments organisés pour cela. Les enfants doivent vivre la cohérence éducative parentale.

Lil : Et sur les projets de vie (déménagement, expatriation etc…)

DOC : Si votre projet est pensé, organisé, prêt à être réalisé, une fois donc que cela est acquis vous dîtes : « voilà, nous avons monté un projet, c’est ce voyage. » Vous envoyez bien vos enfants à l’école, vous leur avez demandez leurs avis ?

Bien évidemment, il faut se demander si il y a un risque pour l’enfant (ex : on va faire un radeau et traverser l’Atlantique). Voilà  maintenant, il  faut adapter le projet en fonction d’eux,  leur expliquer la façon dont ça va se passer, et ils peuvent dire ce qu’ils en pensent. A partir du moment où la sécurité et le respect de ce qu’ils sont est bien maintenu, ils ne sont pas en danger. Vous pouvez  réaliser cela.

LIL : – « Comment leur donner le goût de l’effort et l’envie de vivre au grand air ? Comment les éloigner de la virtualité (des écrans) ?

Doc : Il y a une question sous entendue ou sous tendue : comment donner l’envie d’étudier, de faire une activité, comment s’organise-t-on pour leur donner envie ? Pour avoir envie il faut quelque chose qui vous attire, vous satisfait et vous valorise, il est évident que ce que l’on propose actuellement à l’école française et que l’on impose aux enseignants, les enfants en ont de moins en moins envie, car ce qu’on leur propose n’est plus en rapport  avec ce qu’ils vivent et ce qu’ils sont. Il y a des familles où les enfants font tous de la musique, du sport, activités qui devraient être faites à l’école.  L’inadaptation du système scolaire est connue, flagrante, dénoncée, et pourvoyeuse de drames permanents. Les pédiatres ont à traiter de nombreux cas de dépressions d’écoliers.

LIL : Oui mais les parents les y obligent !

La question à poser, la question essentielle : « mon enfant, qu’est-ce que je veux qu’il ait comme outil pour l’avenir et pour qu’il soit épanoui? »

La musique a disparu de l’école, c’est une catastrophe, l’activité physique devrait être plus présente à l’école (au moins deux heures par jours dans les établissements).

Si c’est pour son futur il dira plus tard : « qu’est-ce qu’ils m’ont cassé les pieds mais je suis content aujourd’hui ! » C’est ce que j’entends maintenant.  Ça c’est l’affaire des parents, cela demande certes de l’énergie, du temps mais l’enfant en est le bénéficiaire. Dans le monde de chaque parent, ce sont des choix, ce sont des réflexions.

Après il est évident qu’il faut respecter des temps pour l’enfant, pour lui et qu’il n’ait pas une activité tous les soirs pour en faire un champion olympique en tout. Sinon il n’existe plus, il faut une mesure. Il y a une différence entre l’éducation, et une discipline à acquérir et la demande de performances en tout et pour tout : il faut de la mesure et du temps pour vivre son enfance.

La dépendance aux écrans est gérée plus facilement quand l’enfant est occupé par des activités qui le font grandir dans un équilibre physique, mental, sensible et une conscience de soi. On peut instaurer une journée sans écran chaque semaine,  voire une partie des vacances, par expérience c’est bon pour tous.

LIL : « Qu’est-on en droit d’exiger à la maison en matière de participation à la vie collective ? »

DOC : Dans la plupart des familles que je suis, il y a un calendrier dans la cuisine où il y a les tâches de chacun (débarrasser, mettre la table etc…). Dès lors qu’ils sont capables de tenir une assiette. Ils ont des qualités et des compétences, ils participent à l’économie de la maison (économie ménagère) et chacun met la main à la pâte et ils apprennent pour leur autonomie.

LIL : -« Est-ce malsain de ressentir du rejet envers son enfant, suite à un gros caprice ou à une grosse bêtise ? Quant à lui (ou elle) a-t-il le droit de  manifester ses sentiments négatifs envers nous et de quelle façon ? »

DOC : Le respect, c’est un mot important. La question est « comment, je m’adresse à mon enfant », quels outils de communication on a à disposition dans la famille qui permettent de communiquer sans violence, sans agressivité. Si on est parvenu à mettre en place la communication consciente empathique, c’est idéal. A partir du moment où j’ai cet outil  ou celui du dialogue constructif on peut instaurer, dans la maison une ambiance plus sereine bénéfique pour chacun et ajouter des moments spécifiques comme  les écoutes silencieuses. Cela consiste à s’installer confortablement dans un fauteuil et à écouter pendant 20 mn son enfant. On lui explique : « maintenant, tu peux dire tout ce que tu veux et nous t’écoutons sans rien dire ». Et puis, quand c’est fini, on peut dire à l’enfant : « écoute là tu as dit telle chose, est ce que tu es d’accord pour que l’on en parle ? »

Donc si on donne régulièrement l’occasion à l’enfant (tous les mois) de s’exprimer, qu’il puisse dire les choses sans avoir peur d’être sanctionné, qu’il soit en confiance, il prendra le temps de parole. Si l’enfant devient violant, il faut prendre un médiateur si on n’a pas la solution. Un enfant qui devient violent, c’est un enfant qui souffre et il ne faut pas le laisser comme ça. Il faut absolument que le dialogue ne soit pas coupé, il ne faut pas laisser s’enkyster les choses.

LIL : « Est-il plus compliqué d’élever un enfant de nos jours qu’autrefois ? Notamment avec le développement des technologies, beaucoup de questions se posent : mobile ou pas mobile, à quel âge ? Quel temps octroyer devant les écrans ?  Peut-on, doit-on lire systématiquement leurs mails, facebook et autres sms ? »

On ne peut pas comparer, on ne vit que dans l’époque de maintenant, et on a toujours entendu  de tout temps,  les mêmes choses sur les jeunes générations. Il y a des enjeux qu’il n’y avait pas avant, l’environnement a changé, la culture a changé, il y a internet, les gens voyagent. Il n’empêche que les bonnes règles pour éduquer un enfant, quelque part, elles n’ont pas changé. Les  bases  qui permettent à un enfant de s’épanouir, de vivre pleinement ce qu’il est, restent un environnement favorable.

Il ne faut pas oublier que l’enfant naît avec un capital, avec des bagages, dont il n’est pas toujours l’acteur ni l’auteur et qu’il en subit parfois négativement les effets. En tant que pédiatre, quand je vois un enfant qui vient de naître, je sens déjà son tempérament, on le voit à son mode réactionnel, il faut savoir accompagner les parents. Quand les parents sont étonnés de ce qu’il se passe, et ne comprennent pas, il ne faut pas attendre. Ne pas hésiter à se faire accompagner par un professionnel qui permettra  de comprendre, de rassurer, d’harmoniser les relations.

 Pour les éloigner des écrans, il suffit de ne pas en avoir !!! C’est difficile à gérer pour toutes les familles, donc certaines ont fait le choix de ne pas avoir de téléviseur. Ils ont un PC qui sert à toute la famille, où il y a des temps aménagés, ils n’ont pas de tablettes, ils ont des téléphones lambda, pas de smartphone et quand il y a besoin, à partir d’un certain âge ils peuvent y avoir accès. C’est l’organisation de la famille, et puis il y en a qui font une journée de jeûne. A la maison on enlève les portables, les pc, les tablettes, on sort, on joue aux jeux de sociétés, on lit. Ce qui est bon, c’est de rêvasser, hors quand vous n’avez pas d’outils comme ça qui vous occupe la tête, votre cerveau vos sens,  vont fonctionner différemment, ils en ont besoin, ça révèle la créativité, nous avons des bénéfices à rêvasser,  à contempler tout simplement et à faire la sieste ! Nous sommes dans une société de la suractivité, de la sur occupation, de la performance : le fantasme de l’accès a tout à tout moment, et de l’homme machine détourne l‘enfant d’un accès à soi et à d’autres compétences nécessaires à son épanouissement. Les écrans ne doivent pas s’interposer dans la relation à l’autre. Être interconnecté en permanence est-elle la Solution pour notre développement, notre bien-être ?

Les enfants doivent apprendre à se servir de ses outils pour leur bénéfice, mais en connaitre aussi les limites, les effets pervers, notamment pour leur liberté, leur intimité, leur sécurité à manipulation, l’organisation du cerveau et de la pensée  et le contrôle des personnes. En parler avec eux, discuter des contenus, les ramener au réel, connaitre les jeux vidéo pour en discuter. S’alarmer si l’interruption des écrans entraînent des troubles du comportement avec ou sans agressivité. Les écrans sont une réalité et nous en sommes à la préhistoire des nouvelles technologies. Accompagner au mieux pour ne pas subir mais apprendre à l’utiliser.

LIL : « Pour la plupart d’entre nous, nous aimons tous nos enfants aussi forts, cependant il se peut que nous ayons plus d’affinités avec l’un ou l’autre (histoires de centres d’intérêt, de tempérament…) comment gérer cette préférence superficielle en terme de goûts et non d’intensité de sentiments ? »

DOC : On peut proposer à son enfant  « je viens d’écouter ce que tu viens de dire, est ce que tu pourrais me donner une situation dans laquelle tu t’es senti « moins aimé », de  manière à le faire entrer dans le réel : une explicitation à son ressenti et ainsi  le ramener à une situation vécue. On se rend compte souvent, qu’’ils ont l’impression que… mais ils ne peuvent le ramener à une situation vécue, cela veut dire qu’il y a autre chose, il faut chercher , il ne faut jamais prendre la proposition ou la réflexion comme la vérité absolue sur laquelle je vais réagir tout de suite , essayer de la comprendre et l’amener à l’expliciter, ça c’est un travail essentiel. Bien souvent le  parent peut réagir sans la réflexion ni la distance nécessaire mais  en fonction de la fatigue ou de l’état mental du moment,  et c’est difficile de l’entendre. Si on propose à chacun de nos enfants des moments de rencontres personnelles en fonction de ce qu’ils désirent vivre avec nous, alors l’enfant est considéré dans ce qui lui est propre et se sentira reconnu ; les enfants dans la vie quotidienne sont le plus souvent inclus dans la fratrie, ils doivent être mis en valeur individuellement.

LIL : « Comment parler de la sexualité à un ado ? Faut-il attendre qu’il (elle) vienne vers nous ou prendre les devants ? »

DOC : Ils en savent beaucoup plus que ce que l’on croit car ils ont accès très tôt à des images qui ne sont pas toujours adaptées, ni  toujours faciles. Ils sont envahis par des images sexuées partout dans notre civilisation actuelle. Le corps y est montré dans tous ses états comme jamais. Il y a  fréquemment une méconnaissance  ou une représentation partiale de ce qu’est la femme et l’homme, et de la sexualité, cela peut être très compliqué. C’est peut-être  plus facile d’en parler avec sa fille pour une maman et avec son fils pour un papa. Comment respecter une fille, comment faire pour ne pas se retrouver dans une situation délicate… Comment ne pas se laisse entraîner. Apprendre à dialoguer sur ce thème dans des groupes d’adolescents avec un médiateur ou en famille si l’on se sent à l’aise.

Développer le respect de soi et des autres et prendre conscience de notre périmètre de sécurité dans lequel personne ne pourra rentrer s’il n’y est pas invité.

La sexualité participe à l’épanouissement de l’être et à la procréation… pour un  nouveau coup de foudre

Nous serions ravies de recueillir vos réactions et réflexions sur le sujet, d’accord pas d’accord n’hésitez pas à laisser vos commentaires.

Avez-vous une question particulière que nous n’aurions pas abordé ?

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4 réflexions au sujet de « Les menues questions que vous n’avez jamais osé poser à votre pédiatre ! »

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